J’ai 30 ans

Non, vous n’avez pas vraiment loupé mon anniversaire, c’était ya un petit moment maintenant.

Mais bon, bref, j’ai 30 ans.

Il y a quelques temps, il me semble que l’on nous appelait « la génération X ». Genre la génération pour laquelle il se passe tellement rien qu’on ne sait pas trop comment nous appeler.

Perso, remarque, ça m’allait bien, je n’avais pas d’ambition particulière pour ma génération.

Mes parents nous ont dit de faire des études, qu’on serait les rois du pétrole. Alors pendant 6 ans, je suis allée à la fac. J’ai tellement joué le jeu que j’ai fait deux cursus. A côté, je vendais des frites et je distribuais des flyers pour me faire un peu de thune.

Maintenant, je suis une putain de veinarde (et ce n’est pas ironique) car 1. j’ai du taf 2. je kiffe mon taf (même si certains jours je suis juste épuisée).

Une fois que j’ai payé tous mes impôts (et je suis déjà consciente que si je paye des impôts c’est bien parce que je fais partie des « privilégiés ») il me reste 1600 boules pour me loger, payer la crèche (bordel, ça coûte un bras dites donc), m’acheter des bottes (il se peut que parfois je dépasse un poil ce budget là) et bouffer. Me soigner aussi, parce que je kiffe la Sécu, mais me rembourser 7 euros pour des lunettes sans lesquelles je ne peux juste pas vivre, ya baleine sous gravillon.

Ben ma foi, parfois, je me sens davantage la reine de la coquillette que reine du pétrole. Quand je vois le prix d’un steack, je me dis que la viande, vaut mieux que ça reste un concept, et de toutes les manières ça pollue l’élevage intensif.

Après, on nous a dit que nous étions la première génération à vivre moins bien que celle d’avant. Ah. Bon. Soit.

Il paraît que, de toutes les façons, c’est la crise. Je ne sais pas trop. Petite, je me souviens qu’on parlait des crises, à l’école. On voyait des photos de personnes qui se promenaient avec des brouettes de billets qui ne valaient plus rien. Puis on nous a dit que tiens, on était dedans (la crise, pas la merde. Enfin c’est pareil). Mais que ça devait finir. Et puis que nous, on allait faire de belles études et tout, et devenir les rois du pétrole (ce qui confirmait le discours de mes darons).

Alors bon, on a joué le jeu, on a patienté, on a fait des stages à la con tout en continuant de vendre des frites, parce que bon, les stages, « c’est très formateur » mais ça te donne moyen l’impression d’être le roi du pétrole.

Maintenant, c’est encore mieux que les stages, on fait des CDD. C’est bien, ça, les CDD, car ça t’aide à bien sentir que tu es privilégiée, finalement, et le petit suspense systématique du renouvellement ça te rappelle que tu l’aimes ton taf, tu te lasses pas du coup.

Je fais partie d’une génération où (et ce ne sera probablement bientôt plus le cas) on pourrait nourrir toute la planète. Mais bon, franchement, ce serait moins drôle que de laisser des gens crever de faim, donc continuons comme ça.

Notre génération, que l’on nomme maintenant par des noms de lieux où se sont déroulés des attentats (coucou les collègues de la « génération Bataclan » !!), bénéficie d’une technologie « à la pointe ». Ben ouais, quand tu rentres de ton taf dans ta petite voiture (bordel, je rêve d’une Fiat 500, c’est trop mignon ces bagnoles, je vais m’en acheter une en « petite voiture »), ya des panneaux qui t’indiquent « bouchon » (dans ton cul !!). Enfin, ça, c’était AVANT. Maintenant, ça clignote : alerte attentat – plan vigipirate renforcé. (utilité de ce message ? Quelqu’un m’aide ??)

Quand on était gosses, l’Europe et l’espace Schengen, c’était dans les livres de Géographie. C’était de l’actualité, pas de l’Histoire. L’Histoire, je croyais que c’était AVANT, qu’on n’en ferait jamais partie, finalement. L’Histoire, c’est des guerres, des momies égyptiennes et la Grèce Antique, un poil de Moyen-Age, alors perso, je ne voyais pas ce qu’on irait foutre là-dedans, sauf à se taper les médiévales à Provins de temps en temps.

Ben en fait, apparemment, l’espace Schengen, c’est de l’Histoire.

Nourrir tout le monde, circuler librement, la mondialisation, je ne sais pas, mais je crois qu’à un moment donné, c’est parti en couilles.

Hier, j’ai dû signer un papier qui dit que « oui, j’ai bien pris connaissance du fait que la crèche a organisé un « plan de confinement », et que je m’engage à ne pas venir chercher ma gamine en cas d’événement particulier, tel que de la neige ou des attentats ».

Perso, je préfère la neige. Je trouve juste que c’est surréaliste. Le confinement, c’est quoi ça ? Ils collent des gommettes et se jettent de la purée de carottes sur le sol, alors je ne vois pas pourquoi il y aurait de la neige et pourquoi je dois signer des papiers à la con.

De toutes les manières, nous, on est en sécurité. A mon boulot par exemple, sur la porte d’entrée, on a un autocollant « alerte attentat ». Alors franchement, je ne vois pas qui viendrait nous emmerder NOUS, puisqu’on a un autocollant.

Je pense que les autocollants, c’est un vrai moyen de régler les problèmes de fond, d’ailleurs j’espère que la P’tite Gouine elle va vite s’y mettre, aux gommettes.

De toutes façons, tout ça ne doit pas être bien grave : les décos de Noël sont installées.

 

 

 

AG BAMP ! – Idées Fertiles

Hi ! (oui, je suis bilingue oui).

Bon, vous n’êtes pas sans savoir que l’AGP BAMP ! approche.

Non seulement j’y serai, mais en plus, je serai pleine de pouvoir(s). Et ça, chacun imagine que cela me met en joie.

Bref, il est prévu que l’on y présente brièvement la Boutique des Idées Fertiles. Je n’ai ABSOLUMENT pas pris le temps de préparer tout ça (puisque j’apprends l’anglais, vous pensez bien que je ne peux pas non plus tout faire, rajouté à mes lessives…).

Marivalou (qui est meilleure que moi) a préparé un petit topo il me semble, je crois que je n’ai même pas pris le temps de regarder ça correctement (ne me frappe pas, je t’en prie).

Enfin je vous raconte ma vie, mais pour une fois, je ne voulais pas parler de moi. Je voudrai recenser toutes les remarques/questions/suggestions des personnes qui, de près ou de loin, participent à cette petite aventure. Ben oui, c’est un truc collectif cette histoire-là !

Alors ben quoi ? JE VOUS ECOUTE !!

 

Et bon dimanche !

Et après ?

Vous constaterez que j’ai (enfin) fermé un peu ma grande gueule. Ouais il était temps, ouais.

Mais voilà, je cogite beaucoup sur les « évènements » (le carnage quoi) de ce WE.

Je n’ai pas tellement envie d’écrire là-dessus, mais finalement, je me rends compte que nous sommes plusieurs à se poser la même question : que peut-on faire ?

Déjà, ce qui m’a gavée :

J’ai entendu aux infos, parmi d’autres aberrations « même les policiers sont choqués ». Ben heureusement, journaliste de mes deux, que les policiers sont choqués… Heureusement que ce n’est pas leur quotidien d’enjamber des cadavres… C’est pas parce que tu leur fous un uniforme que ce ne sont pas des humains dessous…

En parlant de journaliste de mes deux, l’autre abruti(e) qui s’amuse à nous mettre des petites musiques tristouilles et des lumières sympas pour nous montrer des images atroces, va falloir arrêter ça, un peu de décence bordel de tête de nœud !

Que dire de chacals qui se repaissent d’images atroces, font circuler des rumeurs bidons et j’en passe… Bref, je ne vais pas m’énerver, hein !

 

C’est naïf certainement de se demander « quoi faire », car d’une certaine manière, on ne peut pas faire grand chose. Je suis une très grande naïve de toutes les façons, car il y a 10 jours j’écrivais à la P’tite Gouine du futur à quel point je souhaitais qu’elle vive dans un monde en paix. Zut, raté !

Bon, mais finalement, il y a peut-être quelques bricoles à faire. Déjà, je me répète, mais donner son sang, ses plaquettes et tout ça, c’est génial. Là, c’est bien de voir que des files d’attente se sont carrément formées devant les EFS. Bon. Mais les besoins en la matière, c’est tous les jours qu’il y en a, malheureusement.

Perso, pour l’instant, je ne peux toujours pas donner, alors si quelqu’un veut bien aller donner pour moi, je lui ferais des gros bisous.

Après, ce qu’on pourrait faire aussi (plus facile à dire qu’à faire néanmoins) ce serait d’essayer d’être plus sympa. Ben oui, si on réfléchit un peu, ce qui est assez triste c’est qu’on a le sentiment que les gens sont solidaires, attentionnés, sympas, uniquement durant les galères.

Exemple à la con : on cause ou on échange un regard de connivence avec les potes des transports en commun uniquement les jours de grève.

J’ai pris le train samedi (oui, j’ai fait l’aller-retour, j’ai réussi !!) et, si j’ai bien noté l’ambiance pesante (doux euphémisme…) j’ai aussi apprécié tous les sourires, les bonjours, les 6 personnes qui ont voulu m’aider à descendre mes bagages et la personne qui me les as descendus sans même me demander. On m’a demandé si j’avais besoin d’aide. On m’a demandé si je n’avais pas froid. On a aidé des mamies avec des valises plus grosses qu’elles.

Arrivée à la gare, j’ai eu une brusque envie de faire un gros câlin à un des militaires qui était là. Bon, je me suis abstenue, hein, il était sacrément armé le mec quand même. Mais je me disais que les policiers, militaires et autres, ils devaient pas trop se marrer…

 

Alors bon, toute naïve que je sois, je me doute qu’on ne va pas combattre le terrorisme avec des bisous (en plus, j’aime pas les bisous) mais on pourrait déjà peut-être, nous, gens « civilisés », tâcher d’être un peu plus civilisés au quotidien, et apprécier tous ces petits gestes, ces sourires, ces « bonjour ! » que l’on nous offre.

On peut peut être prendre des nouvelles des autres sans occasion spéciale. On peut aussi (ça ne coûte pas cher, donc j’aime bien ça) souhaiter à nos proches leurs fêtes religieuses, même si nous ça ne nous parle pas, on peut demander à la mamie du dessus si elle a besoin d’aide pour un pack d’eau (elle nous casse les bonbons remarquez, elle a qu’à passer à l’eau du robinet enfin !), sourire au chauffeur de bus, tenir une porte…

Evidemment que cela ne révolutionnera rien. Mais bordel un petit sourire le soir, ça fait chaud au cœur, quand même.

Aller hop, devoir pour demain : faire un truc sympa. Comme je suis mignonne, je vous donne des idées :

préparer un café pour le collègue (le vôtre je sais pas, mais le mien, il kiffe quand je lui prépare un petit café), monter le pack d’eau de l’autre abrutie de Madame Michu qui persiste à siffler de la Contr*x alors que l’eau du robinet est quand même pas mal du tout, appeler Tata Jeanine, juste pour savoir si, dans sa résidence à elle, ils ont allumé le chauffage (ça vous semble rien, mais Tata Jeanine, elle peut embrayer pendant 25 minutes sur la question du chauffage, si,si !), prévoir que ce WE, on ira voir Mémé dans sa maison de vieux, parce que bordel, ça fait un bail qu’on s’est pas bougé le fion par là-bas, céder sa place à une personne qui en a besoin dans les transports (bon, des vieux, hein, les PB, évidemment, on s’en tamponne), aller donner son sang, ses plaquettes, son sperme ou ses ovocytes, donner des fringues à une asso, parce que c’est pas parce qu’on les trouve plus « tendances » qu’elles sont pas encore toutes nickels…, donner un jouet à une asso (par contre, ne laissez JAMAIS vos coordonnées à une asso, hein. J’ai 17 stylos, 90 étiquettes à mon nom, une pipette (???), 4 agendas, des graines (!!!!!!), 5 blocs-notes, etc…)

On ne peut pas empêcher le monde d’être moche. Mais on n’a pas droit de ne pas vouloir le rendre beau…

 

Comment voyager avec un saumon

Bon, je reprends un titre d’un recueil d’Umberto Eco, mais en fait, on va se faire un autre challenge.

Je vous explique : je dois prendre un train avec, accrochez-vous :

-la P’tite Gouine (6 kilos)

-mon chien (7 kilos, mais si la SNCF vous demande, on dit 5,5 kilos, c’est moins cher)

-la poussette avec le cosy : une quinzaine de kilos

Je ne compte pas ma valise (enfin la valise de la P’tite Gouine on devrait plutôt dire), on a déjà atteint la moitié de mon poids à moi.

Sur le papier ce n’est peut-être pas parlant, il faudrait que je prenne une photo pour illustrer le truc, mais ça risque d’être chaud bouillant pour dégager une main.

Je réfléchis à plusieurs pistes pour gérer le truc : laisse le chien traîner la valise à roulette. ça, ça serait nickel déjà. Ya plus qu’à mettre la P’tite Gouine en écharpe pour soulever la poussette + le cosy. C’est jouable. Faudra juste faire profil bas si on croise Brigitte Bardot.

J’arrête les boissons et la nourriture dès à présent. Ben ouais, parce-que bon, avec mes compagnons d’équipage, comment je fais moi pour aller pisser ? Doit me rester des grosses serviettes post-ponte, je vais pouvoir les recycler tiens. Sinon, bon, au pire, fastoche, je cache le chien, je mets la P’tite Gouine dans l’écharpe, et je tente de pisser dans les chiottes de la SNCF avec ma troupe. Va falloir viser, ça me rappellera les ECBU (les examens urinaires, pour les néophytes).

Je suis méga excitée à l’idée de ce super challenge. Je sens qu’on va bien se fendre la poire. ça pue le repos et les vacances à plein nez.

Bon, par contre, si ya gerbage ou débordage de couche (jetable, pour l’occasion) je crois que j’abandonne le truc, cagnotte ou pas cagnotte. Je suis joueuse, mais j’ai mes limites.

En parlant de gerbage, j’ai vomis mes tripes l’autre matin, si ça se trouve je suis en cloque ? (je rigole hein, j’ai 2 moyens de contraception : mon mec, et la fatigue).

Je le sens bien. Non mais si, si, en vrai, je le sens bien. Il suffit que le chien tire la valoche, et suffit que j’aie pas envie de pisser, et que la P’tite Gouine se mette pas à aboyer, que la couche du chien ne déborde pas, que je ne gerbe pas sur tout le monde, enfin ça va forcément bien se passer hein de toutes les façons, je suis même pas inquiète. C’est les vacances quoi 🙂

Perdre le fil

Notre P’tite Gouine a 5 mois. Déjà. C’est incroyable, finalement.

Mes meilleurs moments ? La serrer fort contre moi, devant la glace. Mes cinq sens ne sont pas de trop pour m’assurer de son existence. Je la serre fort, je la renifle, j’écoute son souffle, je l’embrasse et je ne la quitte pas des yeux dans la glace, guettant son sourire.

A côté de ce bonheur, c’est dur en ce moment. Je suis même tentée de dire très dur. D’ailleurs, je me fais plus discrète par ici, j’ai honte mais je n’arrive même plus à répondre aux petits messages persos.

Je suis épuisée comme jamais. Je dois être mal organisée car je n’arrive à rien. Si on cherchait un peu, juste à peu, on trouverait sûrement un bout de biscotte au milieu des chaussettes (on a un gros tas de chaussettes dans la chambre, un matin sur 7 environ, on arrive à recréer une paire, et on fête ça).

Un peu (beaucoup) débordée par le taf (ça rigole plus le marketing !), quelques soucis persos, des nuits toujours raccourcies ; je me suis rarement sentie aussi fragile, même si, qu’on se rassure, je gère.

Il va juste peut-être falloir accepter de lâcher du lest. Peut-être que oui, je ne peux plus TOUT faire. Il faut probablement changer d’organisation au lieu d’essayer de se caler sur ce qui était déjà du jonglage auparavant.

Il y a des femmes qui ont plusieurs enfants, un chouette job et qui semblent garder une vie « perso » par ailleurs, ça doit donc pouvoir se faire.

ça va rentrer, ça va se faire.

C’est obligé.